Un hommage et un révélateur
En célébrant les créateurs marocains du monde, cette seizième édition du Salon international de l’édition et du livre de Casablanca (SIEL) constitue une première, y compris probablement à l’échelle internationale. En effet, de nombreux pays qui comptent des communautés expatriées plus ou moins importantes ont déjà rendu hommage à quelques uns de leurs romanciers, poètes, cinéastes ou acteurs vivant à l’étranger et le Maroc l’a aussi fait. Au Maroc comme ailleurs, des rétrospectives ont été réalisées sur tel ou tel créateur de l’émigration. Mais c’est la première fois que cette thématique est au centre d’une manifestation de l’ampleur du SIEL. C’est en soi un événement qui a été rendu possible par la disponibilité et l'engagement de nos partenaires du gouvernement et en premier lieu le département de M. Mohamed Ameur, les équipes du Conseil et des divers ministères, nos amis des éditions Marsam, Le Fennec et La Croisée des chemins, l’OFEC, … et bien évidemment tous les créateurs sans lesquels cette idée n’aurait pu s’épanouir.
Durant une dizaine de jours, vous allez faire leur connaissance et découvrir les mutations radicales dont ils sont à la fois les acteurs et le révélateur. Vous serez probablement frappés par leur grand nombre qui témoigne, entre autres, de cette expansion démographique qu’a connue l’émigration en moins de deux décennies et de l’amplification réelle du niveau socio- culturel des émigrants et de leurs descendants. Vous allez aussi entendre les sonorités de langues qui sont désormais les leurs et qui attestent de la mondialisation des communautés et des processus d’enracinement qu’elles connaissent. Nous sommes définitivement loin des années 1950 où Driss Chraïbi lançait, en français, presque seul, son cri d’indignation quant au sort fait aux Maghrébins de France (Les Boucs, 1955). Au binôme franco-marocain, d’autres couples se sont ajoutés, enrichissant et complexifiant à la fois le rapport du pays d’origine, du pays d’installation et des populations elles-mêmes à l’origine, au pluralisme et à la citoyenneté. Vous remarquerez sûrement aussi la vitalité de l’écriture féminine, qui prouve s’il en était encore besoin la place que les femmes occupent désormais au sein de l’émigration. En lisant enfin le dictionnaire biographique qui leur est consacré ou l’anthologie des écrivains marocains de l’émigration, publiée à l’occasion de cette édition, vous serez frappés par l’extraordinaire diversité des cheminements et des itinéraires individuels de nos invité(e)s et l’extrême variété de leurs styles et de leurs approches.
Durant dix jours, des dizaines d’entre eux sont physiquement présents parmi nous. D’autres, dont certains disparus, le seront par leurs œuvres. Ce salon constitue une occasion rare d’écouter et de dialoguer avec ces hommes et femmes debout, enracinés dans de multiples appartenances, aux prises avec des questionnements à la fois modernes et universels, loin des enfermements ou des assignations identitaires. Et en tout état de cause, prenons le temps de les lire et de devenir, pour paraphraser Salim Jay, des fous de lecture.
Driss El Yazami
Président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger